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Cher Guy Boulianne,

C'est très difficile d'en parler, voire pour rester pudique sur le plan de ses créations proposées à l'intention d'un public indéfini. On sent que certains vous suivent, mais il n'y a que le résultat qui compte. Un éditeur vous édite pour que ce livre soit vendu. Vous pouvez atteindre dix mille consultations dans moins d'une année, en vendant très peu de livres. Mais s'il y a consultations, c'est que cela stimule la curiosité et l'intérêt. On est loin de Simenon qui publiait à vingt mille exemplairres vendus; L'espoir fait vivre pour un auteur devant l'impondérable des lecteurs qui achètent ou n'achètent pas. S'ils parcourent le début de l'un de vos textes à partir d'une liseuse, cela prouve qu'ils vous font confiance, en partie, ou qu'ils s'ennuient, qu'ils ont besoin d'un certain divertissement, d'avoir accès à une certaine réalité dite et conçue, parce que tout auteur témoigne. Le passage à l'acte qui consiste à acheter, parce que cet auteur-là vous plaît, qu'il possède les ingrédients qui correspondent à une certaine vision de la réalité, celle qui stimule dans l'esprit des internautes une correspondance, un écho, afin d'enrichir leur vision du monde, c'est l'aléa, voire la destinée qui poursuit la démarche de celui qui écrit. Cela tient à très peu de choses.Un déclic. Quand cet auteur-là devient comme une drogue, mais sans conditionner, parce que ce qu'il dit réchauffe le coeur ou qu'il énonce certaines valeurs dans un contexte vrai, actuel, qui correspondent aux schémas sensibles de n'importe quel lecteur;.. Difficile d'acquérir un public; Certains y parviennent par une forme de contrainte ou un certain charisme que d'autres n'ont pas. Chacun fait son choix déterminé par son psychisme, son cadre et de ses conditions de vie.Il n'y a pas de réponse à ça. Pourtant, il n'y a pas trente six vérités. Laquelle? Tout créateur est un chercheur. Il propose. 

Cher Guy

Je crois que quand on écrit depuis toujours, pour soi, sur des cahiers d'adolescents, c'est un besoin viscéral, du moins c'est le cas pour moi. Les mots étaient là près à sortir et rien ne les arrêterait. Je me suis noyée dans des lectures de toutes sortes, des livres universels, Le Petit Prince, Les lettres de mon Moulin, Le journal d'Anne Franck, Les liaisons dangereuses, etc. Et puis un jour, on se dit pourquoi pas moi, pourquoi je ne pourrais pas moi aussi écrire un livre, des nouvelles, des poèmes, bref devenir un auteur. On ne sait pas alors le monde impitoyable de l'édition, où souvent on s'aperçoit que ce sont toujours les mêmes auteurs, un milieu très fermé et opaque. Ecrire c'est une chose, être édité en est une autre. Et puis, à force de se battre, quelquefois on y arrive. quand j'ai tenu mon premier roman dans les mains, j'ai mis deux jours à réaliser, je le prenais, je le posais, le reprenais sans cesse, comme pour me persuader que c'était vrai, qu'il était bien là. Et puis, les lecteurs, les premiers avis, les bons, les moins bons, le sujet qui plait plus ou moins. Les échanges dans les salons avec le public, parler pendant des heures, redire encore et encore les motivations , l'essence même de l'histoire, donner envie de le lire. Les rencontres avec les autres auteurs, un monde qu'on aime car c'est le nôtre.

Mon 2ème roman paru aux Editions Dédicaces, ce fut un bonheur sans nom, 2 ans que je travaillais à cette histoire vraie de la vie D'Elsa Zilberbogen, quand je l'ai vu pour la première fois, virtuellement sur le site de mon éditeur, mes yeux étaient humides, une joie interieure indescriptible m'a envahie. Je sais que de nombreux auteurs ont ressenti cela, c'est comme un bébé que l'on aperçoit enfin après l'avoir attendu des mois. 

Je ne regretterai jamais d'avoir pris la plume et à tous mes amis(es) auteurs, je dis nous sommes du même bord, celui de la pensée écrite, de l'amour des mots qui ne finira jamais.

Marie Chantal dit des choses absolument vraies. Le fait d'écrire est un besoin viscéral transcendé,( pour moi, c'est un vice jusqu'à ce que l'on pervienne à la libération). "Pourquoi pas moi ? dit-elle. Bien sûr, pourquoi pas moi?" C'est très vrai. Il faut oser. Et oser c'est presque se rendre coupable jusqu'à ce qu'on relève le défi. En ce qui me concerne, j'ai tout fait pour écrire. J'ai tout avalé de la vie, de ses peines essentiellement, de ses joies furtives, parce que l'on n'a pas le choix. Il faut tout assumer, tout ce qui se présente à soi. Si telle est la destinée d'un auteur quel qu'il soit, il trouve un jour sa loi inaliénable, sa façon de dire, ce qui est très difficile, d'exprimer son tempo personnel. Mais c'est essentiellement une thérapie, un baume à l'existence, celui d'échapper au malheur. Je le dis et je le répète: un auteur, un écrivailleur n'ont pas le choix. Sinon, c'est une vie pour rien.

Mutant, je me souviens du parfum de ma vie d’avant. Aujourd’hui, exclu, réduit à la servitude et obligé d’exercer un métier ingrat, je trouve du mal à suivre le court des choses.

Mutant, j’oublie l’amertume de mon existence  grâce à la poésie.

 

J’ignorais tout du monde du livre. Au début, j’étais fasciné par le plaisir d’écrire et de façonner des mots. Je garde de beaux souvenirs de ma première expérience à travers des sites poétiques et littéraires.

Je suis fier de mon premier livre même si ce n’était pas un best-seller. L’écriture est un besoin, une façon de vivre et de vibrer. Ecrire un livre est une autre histoire.

Parce que le monde des livres est un domaine octroyé par les grandes maisons d’éditions classiques. Il est très difficile de percer.

Tout est sous le contrôle de certains hommes et femmes soucieux de vendre leur produit littéraire.

 

J’espère qu’avec la contribution de l’internet nous serons plus libres de publier nos livres et de nous exprimer loin de la rigidité des vieux et des grands conservateurs des vieilles éditions littéraires.      

J’attends avec la naissance de mon prochain livre un besoin fou de vouloir exprimer mes maux et de m’imposer. Un livre attend aussi la maturité de son auteur.

 

Il y’a tellement de livres chez les libraires que parfois  je me demande qui va lire tous ces lires. Mon premier livre n’a pas été lu parce que je n’ai pas fait les démarches nécessaires afin de le faire connaitre. Je regrette d’avoir déçu mon premier livre.

 

J’ai appris tardivement que le monde du livre est un univers à découvrir avec prudence.  

  

Je ne peux que rendre hommage à votre lucidité. Tout à fait d'accord avec vous. Il y a dans votre commentaire, des remarques qui ne trompent pas et j'aime.Un travail ingrat, c'est un vécu pour transcender sa condition, s'il est vrai qu'il faut souffrir beaucoup, je crois, pour écrire.

 

              Présentation.

Je suis marié, nous avons trois enfants (ados), je suis instituteur depuis mes 19 ans. Je vis en Savoie.
J'ai passé un BAC litté/philo et je suis tout de suite entré à l'école Normale (IUFM aujourd'hui). A l'époque je vivais en Bretagne mais j'étais passionné par l'escalade et l'alpinisme et je voulais aller vivre dans les Alpes.
Mes deux dernières années de lycée, j'ai eu la chance immense d'avoir un prof de Français et une prof de philo extraordinaires. J'adorais lire et écrire et peu à peu ils m'ont permis d'avoir avec eux une relation privilégiée, des échanges extrêmement enrichissants, non seulement d'un point de vue cognitif mais surtout sur le plan humain.
Krishnamurti, Ouspensky, Platon, Gurdjieff, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Lanza del Vasto, Gandhi, Koestler, Conrad, Steinbeck, Heminghway, Prajnanpad, Vivekananda, Sri Aurobindo, London, Moitessier, Arséniev, tout ce qu'ils m'ont fait connaître ! Tout ce que je leur dois !
J'écrivais des nouvelles, ils les lisaient, les critiquaient, m'encourageaient. Ils disaient tous les deux qu'un jour je serai édité.

A seize ans, mon frère qui en avait dix-neuf a eu un accident de voiture. Cliniquement mort. J'ai passé trois mois dans sa chambre d'hôpital. Jours et nuits à ses côtés. Il en est sorti. Marqué à vie. Moi aussi...

A vingt-quatre ans, j'ai été opéré d'une première hernie discale. Opération ratée. Fin de mes rêves d'alpinisme. Dépression lourde. J'aimais toujours écrire alors je me suis lancé dans un roman. Une bouée de secours. Une thérapie aussi mais je ne le comprendrais que bien plus tard.

"VERTIGES".

Une histoire d'alpinisme. Un drame, un homme qui redescend son compagnon sur son dos. Je n'avais pas conscience de la symbolique envers ma propre histoire, comme si les mots s'imposaient, comme si mes écrits se devaient déjà d'être des introspections qui prenaient vie...Je l'ai envoyé à divers éditeurs parisiens. Je ne connaissais rien à ce milieu... Personne n'en a voulu. Quelques réponses impersonnelles. Impossible de connaître les raisons précises de ces refus successifs. Je savais que Bernard Giraudeau adorait l'alpinisme. Je lui ai envoyé un manuscrit. Sa secrétaire m'a appelé quelques semaines plus tard. Il voulait me rencontrer. On s'est vu à Brest. Il m'a dit qu'il avait un gros problème de finances et qu'il me tiendrait au courant. Un tournage en haute montagne coûte très cher. Trois mois plus tard. Sa secrétaire au téléphone. Il avait finalement choisi le roman de Simone Desmaison "la face de l'ogre". Il en a fait un téléfilm.
Pas d'explication, plus aucune nouvelle.
Grosse déprime. J'ai tout rangé dans un placard.


J'ai arrêté d'écrire sérieusement pendant de nombreuses années. Je récupérais lentement sans comprendre tout ce qui se tramait en moi, les douleurs à venir. Je griffonnais quelques scénarios sur des cahiers mais rien de vraiment abouti. 

J'ai laissé passer dix ans avant de ressortir "Vertiges" de son tiroir et je l'ai relu. Considérablement honteux d'avoir osé adresser un texte aussi misérable aux éditeurs. J'ai tout recommencé. Et puis j'ai décidé d'attendre dix ans de plus en me disant que le même effet dévastateur aurait lieu. Je devais continuer à lire et si possible à écrire.

Je me suis finalement décidé en 2004. J'ai relu "Vertiges" et j'ai compris ce qui manquait. Ca n'était pas "mon" écriture mais "de" l'écriture. L'histoire était en place, les personnages existaient comme je le voulais, les situations étaient clairement décrites mais il n'y avait rien pour lier l'ensemble. Rien de personnel. C'était comme un orchestre assis mais qui ne jouait pas. Je devais trouver une musique.

J'ai tout réécrit. Une euphorie merveilleuse, comme une mélodie en moi et qui ne cessait de tourner en boucle. Impossible de perdre le fil. J'avais trouvé ma musique.


Le premier éditeur contacté l'a accepté.

"Vertiges" a eu deux prix littéraires régionaux.
Faut-il donc avoir souffert pour savoir écrire? Pour sortir de soi un écrit acceptable, faut-il donc être descendu dans les tréfonds de l'âme?

A partir de là, je me suis lancé à corps perdu (à esprit perdu) dans l'écriture. Elle m'a servi de thérapie. La vie continuait à m'asséner des coups de bélier. Je m'accrochais à mon stylo...Pour ne pas sombrer.


Un autre roman.

"ATARAXIE".
Un guide de haute montagne et sa femme vont au salon du livre de Paris. Attentat dans le RER. Une bombe. Le guide est amputé d'un jambe, sa femme est morte. Expérience de mort approchée. Un basculement absolu. 

Mon éditeur n'en a pas voulu. Trop sombre, "une écriture trop exigeante pour le lectorat moyen auquel sa maison s'adressait"... Assez incroyable comme réponse... Incompréhension totale de ma part. Mon premier roman avait eu deux prix, pourquoi refusait-il celui-là, comment pouvait-il juger de l'accueil qui lui serait fait, pourquoi rejeter une écriture "exigeante" comme si les esprits ne pouvaient pas s'atteler à un effort inhabituel?
Finalement, je réalisais que d'avoir été édité ne suffisait pas à m'assurer une continuité. Je repartais à la case départ.

D'autres tentatives. Nouveaux refus. "Trop spirituel, trop violent, trop sombre, trop compliqué, trop philosophique..." Trop, toujours trop...L'écriture devait-elle donc rester dans un cadre restrictif, bien établi, des frontières précises? Ou bien mon écriture ne valait-elle rien?

Des wagons de questions à longueur de nuit...

Une autre histoire s'est imposée à moi. Nouveau roman. 

 

"JUSQU'AU BOUT".

Le parcours chaotique d'un instituteur qui finit par enlever ses élèves. Très long. Trop long. Personne n'en a voulu encore une fois. Un éditeur m'a répondu. "Sexe, drogue, meurtre et philosophie, où voulez-vous que je range ça? Et puis, vous vous rendez compte du risque que vous prenez avec une histoire pareille par rapport à votre métier d'instituteur? Et puis, un pavé pareil, personne n'en voudra. Les gens veulent des histoires courtes et faciles à lire."
Incompréhension. Il fallait donc écrire des histoires qui pouvaient être "rangées" dans des catégories précises. Le mélange des genres était mal vu.
Où était la création si le marché imposait ses règles?
A moins, que ça soit encore mal écrit.


Des wagons de questions à longueur de nuit.

Deuxième hernie discale...Trente-cinq ans.

Nouvelle opération...

Nouvelle dépression.

 

Un autre roman. Toujours pour aller au plus profond, plus profond que tous les scalpels...

"NOIRCEUR DES CIMES".

Le quatrième. Tout ce que la vie m'avait enseigné, quelques expériences étourdissantes auxquelles je ne comprenais pas grand-chose.  Des voix la nuit, des auras bleutées qui me parlaient d'un chemin d'âme.

J'ai travaillé dix mois, tous les jours, toutes les nuits, à chaque instant de liberté sur cette histoire. Une véritable addiction. J'ai envoyé le manuscrit à un éditeur qui venait de s'installer dans la région. Il l'a pris immédiatement. Immense bonheur. Une très belle rencontre avec Sarah Molina, une jeune éditrice portée par un enthousiasme fabuleux. Des articles de presse, une télé régionale, des radios, des invitations dans des salons, dans des bibliothèques, des dédicaces dans des grandes librairies.


Quarante-deux ans.

Trois hernies discales d'un coup, un effondrement, incompréhension des chirurgiens, un calvaire...Paralysie, morphine...

Une rencontre inespérée. Une médium magnétiseuse alors que j'avais refusé l'opération.

Trois mois après, je retournais en montagne. Je n'ai jamais arrêté depuis.

Et le quatrième roman pour comprendre enfin tout ce que je portais et qui me brisait depuis si longtemps. 

"LES EVEILLES".

 

Le récit d’un couple en crise qui s’engage sur un sentier de randonnée mais en démarrant chacun à une extrémité. Ils marchent l’un vers l’autre en espérant se retrouver, renouer deux vies que les douleurs ont alourdies, fissurées, séparées.

Les traumatismes, les refoulements, les conditionnements, la recherche de l’être intime, hors de tous modèles, l’émergence de l’individu libéré, des expériences mystiques qu’ils ne s’expliquent pas, une quête spirituelle qui va s’amplifier…

 

 

"JARWAL LE LUTIN" est venu ensuite me rappeler la promesse faite à nos trois enfants.

Lorsqu'ils étaient jeunes, nous allions très souvent en montagne et j'avais décidé de leur raconter les aventures de ce lutin. Jarwal a vécu avec nous pendant six ans, il était de toutes les sorties, sur tous les sommets. Et puis un jour, il a dit qu'il était temps qu'il reprenne la route, qu'il savait que toutes les leçons de vie étaient inscrites dans la mémoire de mes enfants et qu'il ne les oublierait jamais. C'est là que j'ai promis à Marine, Rémi et Léo, qu'un jour, j'écrirais ces histoires et cette période de notre vie pendant laquelle Jarwal a vécu avec nous.

Le tome 1 est fini, le tome 2 également et j'écris le tome 3. D'autres suivront.

 




Il ne faut pas écrire avec un objectif, un espoir, une attente. Il faut écrire juste parce que ça répond à un besoin vital. Une nourriture spirituelle. En sachant que les lois du marché imposeront une réalité qui sera peut-être très douloureuse. Ne pas avoir de projet, ne pas tirer de plans sur la comète, permet de se protéger, de ne pas subir la menace de la désillusion.

Je ne pense absolument pas en terme de catégorie, de style, de marché, d'édition, j'écris comme je le ressens. L’essentiel, à mon sens, est de ne pas se trahir.

Travailler. Quotidiennement. C'est une nécessité. Pour entrer dans son histoire, vivre avec ses personnages, les connaître, s'émouvoir avec eux, les accompagner, le plus beau cadeau étant de rêver d'eux la nuit, de les voir, de les entendre. De ressentir leurs peines et leurs joies.
Pendant l'écriture de "Noirceur des cimes", le personnage principal m'a appelé une nuit, dans un rêve, un appel déchirant, il allait mourir, il fallait que je vienne le sauver. Je me suis levé, j'ai allumé l'ordinateur, je lui ai dit que j'arrivais. Une situation d'urgence. Je n’aurais pas pu l’ignorer.
Un écrivain à qui on demandait un jour si ce qu'il avait écrit était vrai a répondu: "Bien entendu que c'est vrai puisque je l'ai inventé."
Indispensable vie commune. Vivre réellement avec ses personnages jusqu'à ce qu'ils ne soient plus à soi mais à eux-mêmes. Devenir dès lors le simple transcripteur de leurs parcours. "Je" n'écris pas, "ça" écrit en moi. A partir de là, il me semble qu'on peut parler de livres émouvants. Que l'écrivain disparaisse. Ce n'est pas le style qui importe mais la vie qu'on trouve dans le livre. Et la vie ne peut pas être inventée. Si le style l'emporte sur la vie, c'est juste qu'un exercice de style alors que le roman est une forme écrite de la vie.
Je me suis longtemps écouté parler dans mes écrits, par prétention, en pensant que c'était suffisant pour écrire quelque chose d'intéressant. Je n'avais rien compris.
J'écris pour honorer la Vie, pas ma vie. J'écris par respect. Plus par prétention. Le chemin a été long. Mais ça en valait la peine.

J'aime beaucoup votre dernier paragraphe. Ecrire un texte, c'est concevoir une surréalité dans la réalité en fonction de la dynamiqie propre à chaque roman avec des personnages mis en scène qui s'expriment à travers soi. Seul celui qui se sent séparé de la vie peut le faire. Mais c'est davantage une thérapie, un besoin vital. Et puis tout ce que vous dites par rapport à la vocation de l'écriture est si vrai..

Bonjour Bernard.

Pour ma part, je ne me sens pas du tout "séparé" de la vie, bien au contraire. Mais je fais une distinction immense entre la perception de la vie à travers "les conditions de vie" et la conscience de la Vie elle-même. C'est parce que j'ai bien failli perdre mon intégrité physique et que je suis descendu très bas que cette conscience s'est révélée et que je me suis libéré de cette pression générée par les conditions de vie. Certainement aussi que toutes mes expériences liées aux activités de pleine nature, ski de randonnée, raid à VTT, traversée des Alpes, alpinisme etc...ont participé à cette" ouverture spirituelle. "

L'écriture est devenue peu à peu l'opportunité apportée par le cisèlement des mots de trancher les vieilles peaux et de les jeter.

Bonjour Thierry,

Je suis très émue par votre présentation, je reconnais les coups du sort qui n'arrivent pas à s'exorciser jusqu'au jour où l'écriture entre dans nos vies. J'écris moi aussi pour vider mon coeur et mes tripes, et ce n'est que dans ce cas, je pense, que le lecteur est touché car il ressent au plus profond de son âme le fil tendu par l'auteur et son immense émotion. Mon dernier roman Elsa Z touche, et tous les jours j'en ai de multiples retours, il traverse les gens et c'est ce que je veux dans l'écriture. Je suis sûre que vos livres seront des bouées de secours pour les lecteurs comme ils l'ont été pour vous au moment de l'écriture. Je vous souhaite une très bonne année et continuez ce chemin...

Cher Thierry,

Je comprends. Enfin, du moins, j'essaie. La perception de la vie à travers les conditions de vie est pour moi essentielle. Avec une conscience écartelée depuis que je suis si longtemps en dehors, je me sens certes séparé comme le Meursault de Camus, ou le Roquentin de la Nausée, de trop, foncièrement inadapté, conscient d'une identité essentiellement cosmique, pas sociale..J'échappe à cette dernière condition. On peut vouloir me situer, me qualifier d'une étiquette, c'est si rassurant. Mais il y a de multiples facettes pour un individu qui n'a guère le choix que d'échapper aux normes foncièrement admises, habituelles, On devient alors invivable, voire fou, associable sur le plan de l'espèce, comme une bactérie, un virus, un microbe.....Je me bats contre les tabous ou les complaisances inhérents à la conscience collective. C'est si peu de choses. La plupart des personnages de Dostoïevski sont accessibles aux passions, mais il y a une zone que rien n'atteint. Ce no man's land que tout être qui cherche à se sentir un peu honnête envers lui-même sent constamment en lui, en mutation, sa remise en question permanente que rien n'atteint  dans le sens d'aller vers sa perception du monde et du cosmos en suivant sa ligne, à rebours de certains atteints de cécité mentale dans leur déchéance inéluctable, ce qui peut arriver à n'importe qui. La vie dans son cours de fleuve tranquille est si pleine de surprises. Il y a des barrières à ne pas sauter, sans risques. Mais il n'y a pas d'unité dans la vie. Elle est toujours double. On ne peut guère échapper à son ambivalence, qui en est le moteur principal.

 

Bonjour Marie-Chantal.

Un éditeur m'a répondu il y a quelques temps que le roman "Les Eveillés" était doté "d'une écriture remarquable mais que son potentiel de vente était trop incertain au regard des thèmes qu'il développait".

C'est vraiment très mal connaître les désirs de plénitude des gens. Deux ans d'existence pour mon blog et les statistiques le prouvent. C'est bien parce que je consacre mon écriture à la démarche intérieure que les lecteurs sont là.

Je vous souhaite une belle année 2012 et de nombreuses rencontres avec les lecteurs.

Selon nous, un éditeur ne doit pas se porter juge d'une oeuvre. Il doit simplement vérifier la qualité du texte et tenter de cerner le sérieux de l'auteur. Les lecteurs feront le reste.

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