Marine Le-Pen a du mal à obtenir ses 500 parrainages pour se présenter à l'élection présidentielle. La signature est trop lourde à porter, expliquent les édiles. Peur de la rétorsion à l'investiture, peur du chantage aux subventions futures... alors comme ça la démocratie fonctionnerait sur la menace et l'intimidation ? Qui sont ces gens des l'extrême droite, pourquoi représentent-ils entre 15 et 20 pour cent des intentions de votes ? Ils n'étaient, à une époque, que trois pour cent, menés par un gros type borgne au discours caricatural. Comment sont-ils arrivés à la place de troisième force politique de l'échiquier national ? Un jeu d'échec se surveille sur ses soixante-quatre cases, faute de voir débouler un fou, sur sa longue diagonale, qui vient vous torpiller un atout maître de la démocratie. Les grosses pièces n'ont pas surveillé les trajectoires extérieures, les paraboles dangereuses. Ce vote là a tracé des sillons sur le terreau des injustices sociales, financières, professionnelles. Quand les uns trichent, ce sont des fraudeurs. Quand ce sont les autres, c'est une tentative de déstabilisation, un coup politique. Quand certains parlent, c'est une incitation à la haine. Quand ce sont les autres, c'est de la liberté d'expression. Reste de tout cela un arrière goût d'injustice, un sentiment d'impuissance, un discours récurrent du "tous pourris" nourri de rancoeurs et d'inculture. En ignorant les marges du jeu, en se drapant dans une soi-disant respectabilité qui interdit de parler à ces gens-là, on a créé des zones de non-idéologie, des zones de non-débat, équilibrant ces zones de non-droit où la laïcité et la République battent trop souvent en retraite. Ces électeurs à la dérive, appâtés par les discours démagogiques, sont sans doute ces travers de nos sociétés modernes, ce côté obscur du barnum médiatico-politique, cette verrue de la démocratie qui lui interdit de se regarder dans la glace. La gangrène, passée de trois à près de vingt pour cent en quelques décennies, ne saurait être marginalisée plus longtemps sous peine de ronger encore un peu plus les couches sociales exclues du débat. Aux démocrates de métier de se retrousser les manches, de desecendre du piedestal de la superbe et du mépris, de monter à l'assaut avec la justice, la République et les idées. Discuter avec Marine n'est pas pactiser avec le diable, parler de sécurité et d'immigration n'est pas draguer l'électorat frontiste. Tous les sujets sont abordables avec les mots de l'équité et du droit. Que la Marine ait ses signatures et qu'elle sorte du bois. On sait par l'histoire que les bêtes immondes ne supportent jamais bien longtemps la lumière.

Pierre Duriot

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