La centrale en perdition va rendre inhabitable pour des siècles tout un territoire. La radioactivité à l’œuvre apportera immanquablement son lot d’anomalies génétiques et de scandales alimentaires. La vague a déferlé, noire et lourde des amas de produits manufacturés de toutes sortes. Elle a balayé la digue sensée contenir tout un océan Pacifique, avalé les ouvrages d’arts, emporté pêle-mêle bateaux et voitures, jeté le tout loin dans les terres. Les poutrelles d’acier se dressent vers le ciel, comme des squelettes désœuvrés. Les chairs de bétons s’éparpillent par blocs hérissés de ferrailles autour de ce cadavre immense. Au fond des cœurs nucléaires, la matière en fission laisse éclater une énergie mortelle, précédemment enfermée dans une cage illusoire. Déjà, on refuse des produits japonais contaminés à l’export, brisant du même coup la progression d’une l’économie déjà en mal de croissance. Fukushima sort aujourd’hui de l’actualité. Cette carcasse de béton ébranlée par le tremblement de terre et le tsunami est devenue un Moai japonais. Un truc inutile, dressé au bord de la mer et pompant à lui seul l’énergie et les capitaux de tout un peuple. L’opérateur verrouille habilement toute possibilité d’évaluation réelle des dégâts, envoie au casse-pipe des dizaines de volontaires saucissonnés dans des combinaisons blanches sensées leur éviter l’irradiation. Calcul morbide et de courte vue, la radioactivité va régner au-delà d’un temps appréciable par un technicien du nucléaire. Les hommes reviendront inexorablement, tôt ou tard, sur la terre de leurs ancêtres, exactement là où le rayonnement sévit, seulement, ils n’y penseront bientôt plus, voilà tout. Le gouvernement ne parvient pas à s’emparer du problème suffisamment à bras le corps pour donner à sa population la seule impression d’une quelconque maîtrise de la situation. Les Japonais tentent aussi vainement de refroidir leur réacteur que les européens la surchauffe de la crise grecque. En ce sens, les deux événements se rejoignent. A chacun ses Moai. Superstructures de béton ou titrisations inconsidérées, les hommes ont bâti des échafaudages incertains et pressent leurs mains d’œuvres de s’éreinter à les solidifier tout en les érigeant de plus en plus haut.

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