Comme l'âge de pierre a voisiné un temps avec l'âge du bronze, l'âge de l'acier se superpose à celui du silicium. Matière emblématique de l'ère industrielle, l'acier est battu en brèche par un silicium, composant essentiel de l'informatique nouvelle qui signe un basculement vers le cybermonde. Mais, nous expliquent les scientifiques, le cerveau de l'homme est resté presque intact et le citadin moderne s'adapte à ses mondes industriels et virtuels avec le même cerveau que celui des homo-sapiens, chasseurs-cueilleurs nomades. Le progrès technologique devance le progrès humain, le virtuel informatique double la philosophie et si dans nos civilisations occidentales, les sociétés ont eu le temps de s'adapter plus ou moins progressivement à ces outils technologiques, d'autres pays sont passés directement d'une organisation tribale à la société de consommation.
Prolongement surpuissant de la main de l'homme, outil démesuré au service de la production de biens matériels, le bras d'acier s'est acoquiné avec le processeur au silicium. Si l'un attend son conducteur d'engin, l'autre impose à l'homme sa logique binaire et commande l'acier avec son propre langage. Né de la volonté et du génie humain, le couple infernal assujettit progressivement la civilisation, transforme le chasseur-cueilleur-agriculteur en consommateur hystérique, condamné, pour la génèse permanente de ses nouveaux outils à en utiliser les produits à un rythme toujours plus soutenu.
Et l'homme rêve, s'échappe, passe dans les mondes virtuels, irréels, où le soleil ne se lève ni ne se couche, où la vie se prolonge, au gré des réussites. A t-il inventé ces mondes pour y jouer ou pour y oublier les aliénations issues de son génie ? Le silicium, son 1 et son 0, ses logiciels éternellement en attente d'une réponse binaire si peu humaine, donne paradoxalement à l'homo-sapiens accès à des univers où la réalité n'a plus cours.
La toile du peintre reprend ces trois mondes, le virtuel, le réel et l'imaginaire, à travers un trait plusieurs fois retracé. Entre chaque dessin, une couche de peinture, presque transparente, illustre la confusion, la superposition des ambiances et des lumières. Plus de soleil ou de nuit, rien qu'une atmosphère improbable. L'acier des ports, symbolique de la consommation, de l'échange des matières premières et des produits finis, passe dans l'univers du silicium, des aubes incertaines, des flots numérisés. Le réel se dilue, le métal se dérobe et la vision du spectateur sépare les éléments tangibles des couleurs et des brumes incohérentes.
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23 mai 2012 à 28 mai 2012 – 17, rue Maguire, Montréal, Québec
S'inspirant de la scène urbaine et de récents voyages, Luc Deschamps nous présente des huiles, pastels et encres représentant des moments dans la vie de tous les jours des gens d'ici et d'ailleurs. …
Organisé par Luc Deschamps | Type : exposition-vernissage-exhibition
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