La neige paralyse tout, tout sous elle et autour d'elle. Immaculée, dans un premier temps, personne n'ose la souiller. Marcher dessus ou dedans serait un crime, un crime de lèse-beauté. Ensuite, on met un pied puis deux, puis trois, et on marche d'un pas feutré. Le silence envahit les oreilles. Tout est assourdi. Et l'on se rend compte que l'on est seul, seul au dehors, seul sur cette immensité blanche. Mais où sont passés les autres. Pas d'humain, pas de voiture, pas d'animaux. Rien à part soi dans ce coton froid. L'on se sent coupable de jouir de cette situation exceptionnelle. Profiteur, l'on est profiteur d'un moment in-envisageable. Alors, on avance d'abord avec des petits pas puis des pas un peu plus grands, enfin on avance normalement. On ne croise personne. On n'est doublé par personne. Seul, on est seul au monde sur ce blanc froid et immaculé. Jusqu'au moment où un engin motorisé à quatre roues arrive à vitesse raisonnable dans un bruit assourdi. Un courageux qui a voulu tester sa conduite sur neige ou alors un homme ou une femme dont le but est simplement d'acheter du pain à la boulangerie voisine. Le charme est rompu. La vie reprend ses droits. La paralysie n'existe plus. Enfin, sauf si les engins de déneigement ne font pas leur travail sur les routes....

Jean-Louis Riguet

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