Vous regardez trop la télé…  

Il se lance dans la peinture figurative dès les années soixante, à l’adolescence, avec ses modèles et  ses rêves. L’impressionnisme des maîtres passe et le stylisme de Carzou survient comme un déclic. Dans la brèche s’engouffrent les fantasmes et les peurs de l’enfance, les symboles d’une société tiraillée à l’époque entre ses vieux principes et son avenir technologique. Les constructions phalliques anciennes et modernes, clochers de cathédrales et fusées de la conquête spatiale naissante, se retrouvent mêlées dans des figurations allégoriques où percent des entrailles mécaniques et architecturales. Déjà l’artiste évoque les arrières plans du monde, les faces cachées des choses. Il travaille en relief, colle, agence, bricole, des mondes fantasmatiques.

Tenaillé par sa créativité, l’homme est aux pinceaux et aux toiles dès son retour du travail. Il se lance chaque fois dans une nouvelle création, éprouve cette peur de la voir trop vite accouchée, de rater son œuvre… Il se ressource indéfiniment en imaginant la toile suivante. La période géométrique, la plus prolixe, donnera à Michel Philippart, une étiquette indéfectible de peintre cubiste boulimique. Les petits carrés s’en iront à Paris, à Lund et ailleurs, où les amateurs chercheront une explication à ces formes juxtaposées, soigneusement mises en scènes sur plusieurs plans rejoints par des trous béants sortis des rêves et cauchemars enfantins de l’artiste.

Il se met en scène, dans ses propres toiles, spectateur bienveillant de la détresse humaine collective exprimée sur fond technico-religieux tourmenté, envahi d’images et de personnages forts vomis par l’actualité. La femme, la mort, la religion, la guerre, le sexe, se télescopent enfin dans une ultime recherche. La télévision, vision infinie du monde par procuration et son écran aux coins pas encore carrés serviront de fenestron sur une planète désormais balafrée d’un 11 septembre violent et inattendu. La scène se rejoue, enfin immobile, dans chaque composition, comme un traumatisme collectif indélébile.

Les mondes sont désormais peuplés d’objets de consommation courante, symboles plastiques ou métalliques de deux siècles enjambés dans un surrégime technologique effrayant autant que passionnant, maintes fois ressassés sous des formes inattendues. Philippart cherche, se soigne, témoigne, frénétique comme toujours, entouré de couleurs, de caisses hétéroclites surpeuplées, de bric-à-brac kitch, autant de pièces à conviction dans une enquête vouée sans doute à l’oubli. Mais si d’ici quelques siècles, un autre cherche une vérité, il se perdra sans doute en conjectures sur cette réalité d’aujourd’hui où progrès humains et techniques se côtoient sans se comprendre.

Pierre Duriot 

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